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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 19:37

Assises du MJF sur l’emprise 18 & 19/06/2011


Nous vous proposons de lire tous les compte-rendus des assises du MJF qui nous ont été envoyés.

 

Pourquoi ?

 

En effet il est important de faire participer le plus grand nombre à cette circulaire. Chacune avec ses émotions, ses centres d’intérêts, son style et sa mémoire, nous fait partager ces 2 jours à Cransac (12). Nous vous les livrons.

 

Merci à Claude, Marlène, Isabelle et Geneviève. Nous remercieons très chaleureusement les intervenants (Maître Combarel-Avocat, Dr Sinquin-Psychiatre) pour leur disponibilité et le groupe de Capdenac pour leur accueil très chaleureux.

 

 

Assises du MJF sur l’emprise 18 & 19/06/2011

 

 

Témoignages


- un témoignage écrit est lu par Christiane B... Il s’agit d’un fils schizophrène après une prise de drogue, aujourd’hui âgé d’une quarantaine d’années, qui n’arrête pas de culpabiliser sa mère à qui il rend la vie impossible car endetté et capable de tout...


- l’amie d’une fille d’une JF : réflexion sur les conditions de travail des femmes par rapport aux hommes, avec les inégalités de salaire, le plafond de verre et les problèmes hiérarchiques, ainsi que la non comptabilisation du travail domestique réalisé à la maison (exemple 106 euros/an après divorce pour une mère de 6 enfants, cultivatrice et avec beaux parents à charge...).


- Annette G. présente son cas familial de syndrome d’aliénation parentale (pervers narcissique qui se fait passer pour victime avec les 3 D :

 

dénigrement ???. Menant une vie syndicale, une vie d’élu, elle étant femme au foyer, son conjoint gérait tout y compris le baiser du soir aux enfants où il passait toujours en dernier... Dans l’emprise, enfants et conjoint sont instrumentalisés, avec une indicibilité vis à vis de l’entourage proche, afin de ne pas paraitre hystérique... Car, il n’y a pas de preuves avec un pervers ce qui a pour conséquence nombre de suicides, de défenestrations... Les enfants sont formatés par manipulation... Il y a une grande difficulté à démontrer au juge la perversité narcissique du conjoint... Ce dernier ne changera jamais en dépit de toutes ses promesses.... D’où une difficulté pour les enfants d’accepter d’aller consulter un psy. 25 ans après le divorce, l’emprise continue à travers ses enfants qui jugent leur mère coupable d’avoir demandé le divorce, son premier acte de sortie d’emprise étant d’avoir trouvé un emploi...


- autre témoignage d’une femme ayant souffert d’une destruction psychologique via un pervers narcissique (Sylvie, groupe de Capdenac)...

 

Intervention d’un avocat, Maître Combarel


1) Il faut porter plaintec’est à dire qu’il s’agit de dénoncer une infraction. Le plus important est d’aller raconter son calvaire au risque de ne pas être cru (e) !!!


2) Il faut prouver pour obtenir gain de causeet faire passer de l’innocence à la culpabilité celui que l’on dénonce (c’est le rôle du procureur qui poursuit ou non devant le tribunal) (d’où l’importance des certificats médicaux !)


MAIS beaucoup de femmes ne portent pas plainte (seulement 10 % des femmes violées le font ) ou la retirent, (une possibilité qui n’existe pas au plan juridique mais qui dépend du procureur lequel, au vu de la démarche de la plaignante, peut classer le dossier sans suiteavec, pour conséquence, le fait que la victime perd de sa crédibilité si elle se représente ensuite à la suite d’un nouveau changement d’avis).


Cependant, il lui restera toujours la possibilité de déposer plainte « avec constitution de partie civile »en allant chez le juge d’instruction qui peut réaliser certaines instructions ... Cela entraîne la mise en examen de l’auteur des faits qui, lui-même, se défend avec un avocat...

 

La loi du 9 juillet 2010

Elle n’est guère appliquée vu ses limites. Mais, c’est un outil supplémentaire prenant en compte les violences psychologiques(destruction progressive de la personne, notamment via l’emprise) et le viol avec actes de torture graves... La difficulté pour le juge est de rattacher le mal être de la personne à l’action du conjoint...

 

La nouvelle loi donne au JAF des pouvoirs en matière civile pour protéger la « présumée » victime : le JAF saisi en urgence peut faire une ordonnance de protection, il peut aussi saisir le procureur... Elle comporte l’interdiction de porter une arme.


Mais, il faut d’abord un débat contradictoire devant le juge qui, en urgence, convoque Mme & Mr, pas forcément ensemble, pour pouvoir ensuite prendre l’ordonnance de protection., laquelle aussi concerne les enfants... Cela implique quelques fois un délai d’attente d’un mois pour l’audience,

et l’ordonnance est de 4 mois, (qui peut être prolongé une fois si le couple est marié ???) puis le JAF doit être re-saisi s’il y a de nouvelles violences...


Pour les conjoints mariés il y a une possibilité d’intervenir auprès du JAF qui prend une mesure de protection en 2/3 jours, sans délai, face à la présomption de légitimité naturelle liée à la fonction.

Si l’ordonnance n’est pas appliquée il s’agit d’un délit (entraînant la correctionnelle ?). Elle permet aussi à l’association de faire de la prévention...

 

Les mariages forcés sont aussi assimilés à des violences pouvant être prises en compte. Un majeur peut demander au JAF une ordonnance de protection pour empêcher d’être marié de force, avec comme mesure de protection l’interdiction de sortie du territoire, mais alors qu’il faut aller vite, l’ordonnance implique souvent trop de temps pour être réalisée ...

 

Le problème du danger de l’agresseur reste avec sa mise en liberté... D’où, même avec la loi, la meilleure des protections est de PARTIR pour une protection physique...

En résumé, dans l’urgence, lors de l’accueil, il est conseillé de :


- Protéger la personne donc la faire partir de chez elle...


- Lui envoyer un avocat,


- Entreprendre ensuite les démarches.

 

Le certificat médical sans ITT détermine la gravité et les conséquences. Car pour les violences, même sans ITT, il s’agit d’un délit... Pour les violences volontaires l’ITT inférieure à 8 jours est prise en compte, pour les violences involontaires, la référence est de 3 mois ( ?)...

 

« Comprendre l’emprise, une relation violente ?

Personnalité du pervers et personnalité du masochiste : évolution de la relation entre les deux personnalités..

Dr Michel Sinquin, psychiatre dans un CMP à Albi, et à la Maison d’arrêt d’Albi

 

Dans un Centre Médico-Psychologique, il y a beaucoup de troubles dits anxio-dépressifs, et un accès gratuit à des soins psychiatriques.

  1. Une 1ère difficulté est l’ambiguïté de la demande d’un maintien de la relation de couple avec une personne dont la perversité n’est connue que par le témoignage de la victime et où la relation conjugale prend forme ; elle est un combat où la dépression est une fuite...

  2. Qu’est ce qui retient ces femmes dans cette relation ? L’emprise ! Face au pervers, la seule solution est la fuite, y compris dans la thérapie... c’est un tableau, vite caricatural, qui appelle une rencontre à 3, ce que refuse le conjoint le plus souvent. Si rencontré, ses propos sont souvent banalisants et, par rapport à son diagnostic, démunissent le psychiatre plus encore qu’avant.
  3. Comment rester dans la relation avec la patiente ? La dimension masochiste de la patiente anéantit sa possibilité de révolte et sa fuite, avec sa demande de réparation, de protection et de fuite : la victime espère changer son conjoint et rend le thérapeute impuissant, incapable de se déprendre de ce conflit de double. Il faut donc créer un espace de réflexion, avec un espace de liberté pour pouvoir créer une solution et trouver une stratégie... Le pervers et sa victime sont dans un système qui fait tenir ensemble les 2 protagonistes...

  4. Le mode relationnel Le pervers narcissique est décrit souvent comme aimable, parfois séducteur, respectable socialement impossible à imaginer en quelconque perversion. L’échelle d’évaluation est égocentrique, exigeant, avec un éloignement peu à peu de l’entourage, il modifie subtilement la réalité et s’en protége... Il critique de manière permanente, rien n’étant satisfaisant il y a très vite conflictualisation...

  5. Personnage respectable, une de ses caractéristiques est la culpabilisation. Le doute, quand il est trop envahissant, fragilise ; c’est l’un des éléments centraux du pervers dans sa relation avec sa victime. Celle ci le définit comme autoritaire. D’où la nécessité de lui retirer son arme à cause de l’usage qu’il pourrait en faire : plus sa victime le critique, plus elle se disqualifie. Il y a un fonctionnement sado-maso? D’où la recherche qui s’est portée sur des traits de caractère, repérant parmi les victimes des zones de fragilité... Ce qui est pervers est la relation à l’autorité (la crainte), le sentiment de culpabilité (représentation infantile de la relation à l’autre) et le désir d’être aimé avec la peur du rejet. La relation perverse transforme sa victime en personnage de plus en plus souffrant. L’opinion des autres ne nous est jamais indifférente, elle est nécessaire pour pouvoir remettre en question ses points de vue et évoluer. Si l’autre, dans son bon droit est inattaquable, si je dois me méfier de mes perceptions, je dois aussi me méfier de moi-même... Ce modèle de réaction est difficile à faire évoluer avec une méconnaissance du pervers et un sentiment d’impuissance croissante...

  6. Pour changer ce processus, il faut un minimum de restauration narcissique, ce qui est un processus psychothérapeutique. Le pervers a anéanti ce processus d’où l’importance du don de la parole à la victime en rétablissant son sens ... Plutôt que de vouloir changer le comportement du persécuteur, il s’agit d’amener la victime à faire un travail de deuil. La première mission du médecin est de soulager (médicaments, information sur le droit)... Dans la relation d’emprise il n’y a pas d’espace entre l’autre et moi... L’amour fou est une forme d’emprise. L’agresseur a besoin de sa victime pour vivre. Pour le pervers reconnaître son fonctionnement le détruit : il tombe en morceau. La pulsion de répétition dans le rôle de victime peut être liée à une non reconnaissance de ce statut de victime qui lui permette d’en sortir... Nécessité de cicatriser nos zones de faiblesse pour ne pas être dans la répétition.

 

Autour de la prise de conscience

 

Témoignages

 

- Une dispute au sein du couple, entraîne, malgré une chaise dans les mains qu’elle pourrait brandir, son refus d’être violente, tel son époux : elle décide alors que sa réponse sera de demander le divorce.

 

- Pour une autre, au bout de 6 ans elle juge la coupe pleine et dit stop !

 

- Annette précise qu’en ayant trouvé un travail elle a pu divorcé, qu’inconsciemment elle a établi une stratégie, d’abord le travail, puis la demande de divorce, conséquence de son autonomie économique...

 

Dr Sinquin

 

C’est à la suite de 3 ou 4 facteurs que le regard bascule à un moment donné : le deuil est fait, la victime pense que peut-être il pourrait en être autrement et que les choses se normalisent un jour... La notion de mise en danger par rapport à une relation désagréable, douloureuse, de non écoute, fait prendre le cap de la décision. L’enfant, mis en danger, peut être aussi un facteur de bascule vers le changement. Un facteur d’aide à la décision est de se décaler en pensant à ce que l’on dirait s’il s’agissait d’une autre.

 

Ce qui permet que le processus de la violence de la relation qui dure est lié à l’inconscience de cette violence et du risque de basculer dans la violence... D’un processus normal de conflit de couple où l’on accepte beaucoup de choses, le passage à la violence physique ou psychique qui entraîne un écho du même type est facteur de prise de conscience. Le basculement du regard de la passivité vers le début d’une maîtrise de son propre destin est qu’à un moment donné on regarde les choses différemment (même en dehors de la psychothérapie). Il y a une analogie avec les victimes d’agressions sexuelles quand elles apprennent que leurs sœurs ont aussi été victimes, cela libère leur parole face à l’intolérable...

 

De psychose à névrose et troubles de la personnalité, les psy. inscrivent leurs patients dans ces 3 groupes...

Les personnalités perverses ont mis longtemps à émerger, car ce ne sont pas des pathologies : il y a manipulation des autres mais elles ne sont pas en gde souffrance. Le pervers est malade s’il a une grande dépression après la rupture avec ce lien là qui le fait exister, quand la personne n’a qu’un seul mode de fonctionnement...

 

Echos du travail préalable aux assises...

 

Les questions de Toulouse :

- Qu’est ce que l’emprise évoque pour nous ? Elle se trouve dans l’Eglise, le pouvoir patriarcal, la nécessité d’avoir un homme, de sortir, de passer de la vie d’enfant pour aller vers la vie « mariée »... L’emprise est l’assujettissement à diverses sources : conjoint, travail, groupe social, religion... Elle est soumission, dépendance, poids, dépression, sous- estime de soi etc

- Face à notre vécu, nous sommes-nous déjà posé la question de l’emprise ? Oui, pour certaines avant 18 ans et pour d’autres avant 50 ans... Avec la mise place de l’indépendance via une ou des copines, avec la capacité de répondre et de poser un choix... Le comportement masculin mettant en place emprise est un comportement machiste... En écho, la Carmen de Bizet qui développe aussi le phénomène de l’emprise...

- Que peut-on mettre en place pour ne pas tomber dans cette relation d’emprise ??? Le féminisme, qui est un outil pour ne pas entrer dans cette relation d’emprise...

 

La réflexion de Lyon : l’emprise déborde la relation de femme et de couple et nous pouvons aussi être manipulatrices... Pour sortir de ce milieu, il y a une nécessité d’aides multiples cf dans la collection Il n’est jamais trop tardpour« Rompre ces liens qui nous étouffent »de Gérard Coussin ( ?) ; il y a difficulté pour rompre une relation toxique parce que souvent dans l’enfance il y a eu une relation toxique qui fragilise à l’âge adulte ; cf empreinte du lien primaire de la petite enfance dans la construction de la personne...

 

A Albi, il y a eu un travail à 3 sur la relation amoureuse. Une formation est donnée aux professionnels avec apport théorique et prise en charge au plus juste pour être dans le savoir pour soi et pas seulement dans le savoir pour être...

 

A Saint Cloud, le groupe a étudié le regard de la société sur la personne âgée : celles ci se laissent mettre sous emprise via des entreprises qui leur vendent des quantités de choses avec dates buttoirs pour répondre à la contrainte d’être toujours en forme et nier la décrépitude...

Il y a aussi une relégation dans les maisons pour personnes âgées de ceux qui ne sont pas nantis avec le droit de mal s’en occuper..

Dans les familles : il s’agit pour elles de ne pas être à la merci et apprendre à se désinvestir en tant que personne âgée par rapport à la prise de relais (risque du voisin ou de la voisine compatissante). Avec le souhait d’avoir la sagesse de savoir lâcher prise sans donner prise : l’emprise SUR et l’emprise DE ont été travaillés. La période heureuse dont la personne âgée, même sénile, se souvient est celle du pouvoir quand l’enfant était petit ???

 

A Capdenac, deux messieurs sont sous emprise dans le groupe... Dont un homme ayant un hôtel qui a renoncé à la prêtrise pour épouser la servante de l’hôtel à qui il donne la gérance... Divorcé, il continue à l’aimer et reste sous emprise, la seule solution étant de la coincer pour qu’elle s’effondre et qu’il cesse de la voir tout en reportant son amour uniquement sur ses enfants... Pour le groupe, un homme victime de violences doit être défendu comme une femme victime de violences, d’où un débat avec Christiane D. sur les formes de ce soutien, quand il passe par la même association.

 

Débat :

A Montpellier, on ne peut recevoir à la fois des hommes et des femmes. Pour Christiane D. cette violence spécifique contre les femmes s’ancre dans la culture patriarcale qui éclaire le pourquoi de la dépendance des femmes à l’emprise, via la Culture (et les rôles masculins) inégalitaire et hiérarchique entre Hommes et Femmes, ce qui est inconstitutionnel en France. Elle appelle à un travail de partenariat avec une autre association spécialisée dans l’accueil des hommes. . Le féminisme c’est un humanisme, dit-elle... A Marseille, les hommes victimes sont aussi reçus, dit Christiane B...

Bergerac, dans le cadre de la sensibilisation aux discriminations sexiste et de l’éducation au respect, travaille avec des collégiens et leurs enseignants à la réactualisation d’une exposition sur les stéréotypes genrés, Albi a fait un film à partir de la plaquette J. F. sur le handicap qui est largement utilisé dans le département pour des interventions dans le milieu scolaire...

 

Par rapport à la prévention : où sont les priorités ??? Au niveau local, il y a accord pour agir auprès des enfants pour les éduquer dans le sens de lutter contre la perversité et pour le respect... Au niveau national, il y a une nécessité permanente à ce que la société se repositionne par rapport aux limites qu’il faut identifier et repousser...

 

En conclusion de ces assises, il faut apprendre à faire un travail d’ajustement et de recadrage dans une société qui évolue.

 

Claude

 

 

 

 

Mouvement Jeunes Femmes Assises Nationales

18-19 juin 2011 Cransac Aveyron

Thème de réflexion: L’emprise

 

Samedi 18 Juin 9h30 : Témoignages des groupes

 

Pour Marseille Christiane Berthelot a lu 2 témoignages de femmes sous emprise dans la famille et au travail. Le premier texte intitulé « Comment raconter l’irracontable, le non-dit, le soupçon, l’impression d’être dans un entonnoir » est écrit par une mère que le fils de 41ans aujourd’hui, schizophrène après une prise de drogue, culpabilise sans cesse. Endetté et capable de tout elle ne peut le lâcher et il lui rend la vie impossible.

Le second témoignage porte sur les difficultés vécues au travail : inégalité de salaire, blocage du plafond de verre, problèmes hiérarchiques. La situation est encore plus précaire pour les agricultrices : exemple d’une cultivatrice, mère de 6 enfants et dont les heures de travail à la maison n’ont pas été prises en compte. Elle se retrouve après divorce avec 106 euros par an tout en ayant ses beaux parents à charge

Pour le groupe de Metz, A. G. présente son cas. Victime d’un mari pervers narcissique qui la détruit peu à peu. Gérant tout dans le foyer, formatant ses enfants, manipulant tous les proches, il la coupe du monde extérieur, la fait passer pour folle quand elle s’en plaint. C’est un monsieur apprécié ‘menant une vie syndicale et d’élu reconnue. Pas de preuve contre ce pervers. Elle s’en sortira par le travail difficilement obtenu et aussi grâce à son père, à une psychothérapie et au Mouvement Jeunes Femmes. Mais les enfants sauf un ont « suivi »le père pervers qui ne changera jamais. Il y avait une grande difficulté pour démontrer au juge sa perversité aussi après 25 ans les enfants jugent toujours leur mère coupable d’avoir demandé le divorce et refusent de consulter un psy pour eux-mêmes.

S. du groupe de Capdenac a également témoigné : mariée à un pervers narcissique qui l’a détruite psychologiquement elle s’en est sortie a porté plainte, divorcé. Elle a gagné son procès.

Echange : Des questions ont été posées aux intervenantes. Il a toujours été question d’hommes à positon sociale élevée ayant une bonne image et apparemment solides. Les victimes souvent battues, toujours injuriées, culpabilisées, dévalorisées, se mésestiment. Il leur faut une aide extérieure ou un déclic pour pouvoir commencer à réagir. S. a eu ce déclic lorsqu’elle a failli commettre l’irréparable par un geste violent en réponse à une attaque. Le geste violent a heureusement dévié mais pour ne pas agresser à son tour et pour son fils elle a désormais refusé la situation.

 

10h30 Maître Combarel Loi du 9 juillet 2010

Loi relative aux violences faites spécifiquement aux femmes au sein des couples et aux violences psychologiques et à leurs incidencessur les enfants

Loi bienvenue car nous sommes en pays de droit et la présomption d’innocence fait que la victime doit porter plainte et raconter son calvaire aux policiers, au risque de n’être pas crue, puis prouver les faits (d’où l’importance des certificats médicaux) et donc raconter l’intime pour que le procureur poursuive. Aussi 90 % des femmes violées ne portent pas plainte ou la retirent. Cette possibilité qui n’existe pas au plan juridique peut être utilisée par le procureur et le dossier est classé sans suite ce qui décrédibilise la victime si elle change d’avis et demande à poursuivre à nouveau. Toutefois il lui restera la possibilité de déposer plainte « avec constitution de partie civile » auprès du juge d’instruction qui peut réaliser certaines instructions et mettre en examen l’auteur des faits qui se défendra lui-même avec un avocat…

La nouvelle loi, même si elle est difficilement applicable, est un outil supplémentaire qui permet de prendre en compte les violences psychologiques (destruction progressive de la personne sous emprise) et le viol conjugal ; d’ailleurs on sait que les violences psychologiques sont concomitantes aux violences physiques, la plupart du temps elles les précèdent. Il suffit de démontrer que le contenu de la plainte est vraisemblable. Le Juge des Affaires Familiales a des pouvoirs pour protéger la « présumée victime » : le J.A.F. saisi en urgence peut faire une ordonnance de protection, il peut aussi saisir le procureur. Il peut éloigner la victime de l’agresseur, interdire le port d’arme à l’agresseur, faire payer les frais à l’agresseur, décider des relations aves les enfants dans la situation précise.

Mais, il faut d’abord un débat contradictoire devant le juge qui, en urgence convoque Mmeet Mr pas forcément ensemble, pour pouvoir ensuite prendre l’ordonnance deprotection, laquelle concerne aussi les enfants. Il y a un délai d’attente quelquefois d’un mois pour l’audience. L’ordonnance est valable quatre mois, elle peut être prolongée une fois si le couple est marié, puis le J.A.F.peut être ressaisi s’il y a de nouvelles violences. Pour les couples mariés le J.A.F. peut prendre une mesure de protection en deux-trois jours sans délai, face à la présomption de légitimité naturelle liée à sa fonction. Si l’ordonnance n’est pas appliquée i y a délit (entrainant la correctionnelle ?)

La loi est insuffisante car elle ne prend pas en compte les couples pacsés ou en concubinage. Par ailleurs, quatre mois est un délai trop court pour construire un dossier. La loi n’est pas assez bien précisée et aucun moyen financier n’est prévu. L’application, dépend beaucoup du procureur qui peut être attentif ou « matcho » à l’ancienne tout comme les policiers. Comment faire ? Il faut éduquer les différents acteurs. L’évolution va dans ce sens. Les violences conjugales sont une préoccupation récente. Il y a nécessité d’action cohérente entre les associations pour une sensibilisation des acteurs judiciaires, de la police et c… heureusement cela commence à se mettre en place.

La loi permet aussi aux associations de faire de la prévention…

La loi est aussi intéressante car elle assimile les mariages forcés aux violences psychologiques qu’elle traite et elle protège les mineures contre ces mariages. Une majeure peut demander au J.A.F. une ordonnance de protection pour empêcher d’être mariée de force avec l’interdiction de sortie du territoire comme mesure, mais alors qu’il faut aller vite, l’ordonnance implique souvent trop de temps pour être réalisée.

Le pus souvent l’agresseur reste libre et il y a danger malgré la loi aussi la meilleure protection reste la fuite. En résumé : dans l’urgence lors d’un accueil, il est conseillé de faire partir la personne de chez elle pour la protéger puis lui envoyer un avocat et enfin entreprendre les démarches.

Le certificat médical sans ITT détermine la gravité et les conséquences car les violences, même sans ITT, sont un délit. Pour les violences volontaires une ITT inférieure à huit jours est prise en compte ; pour les violences involontaires la référence est de trois mois

 

Débat

L’échange avec la salle a porté sur des cas précis et variés

Christiane Delteil insiste sur cette nouveauté : « croire la victime ». Elle estime nécessaire la formation des policiers et Assistants sociaux ; elle souligne le travail accompli par la « Commission préfectorale sur les violences faites aux femmes »

Carine remarque qu’il y a encore des policiers qui ne veulent pas reconnaître les problèmes des femmes

Michèle Cavaillé pense que ces commissions préfectorales ont besoin de bilans.

Sylvie Dognon rappelle que les gendarmes n’ont pas considéré son épaule cassée par son mari comme motif de plainte.

La suppression de commissariat éloigne les moyens de porter plainte

Maître Combarel préfèrerait que les certificats médicaux soient rédiges de façon moins timide car l’avocat a besoin de présomptions et le tribunal a besoin de traces

 

Samedi après midi 14h Conférence publique par le docteur Michel Sinquin psychiatre.

« Comprendre l’emprise, une relation violente ?  : Personnalité du pervers et personnalité du masochiste ; évolution des deux personnalités »

Le docteur Sinquin est psychiatre au Centre Médico-Psychologique d’Albi et à la Maison d’Arrêt d’Albi. Dans un centre médico-psychologique on rencontre beaucoup de troubles dits anxio-dépressifs il y a un accès gratuit à des soins psychiatriques

Michel Sinquin nous dit qu’après réflexion il a décidé d’intituler la première partie de sa conférence «  le pervers narcissique sa vie ses œuvres » La conférence sera transmise directement et insérée. Il y a eu de nombreux échanges déjà pendant la conférence puis après, avant la pause. La deuxième partie « Comment s’en sortir ? » a débuté par un échange de questions – réponses et le dialogue a encore repris à la fin. Les propos de Michel Sinquin ont été très éclairants. Sa disponibilité pour répondre aux questions, pour repréciser ou réexpliquer si besoin était, en toute amabilité nous a beaucoup aidés.

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Débat avec la salle : Question : Qu’est-ce que l’emprise ?

R… : La relation d’emprise noue l’affect avec l’autorité et la violence. C’est la disparition de la dialectisation. Il n’ya plus d’espace entre l’autre et moi. C’est la fusion, une seule façon de penser et de faire, celle du pervers. Lorsque sa victime s’éloigne il ne la laisse pas faire, se dit abandonné.

Q… : Est-ce qu’un enfant peut reprocher à son père d’être pervers ?

R… : L’enfant est rarement en situation de récuser l’autorité du père. Une fois adulte il peut comparer le parent réel avec le parent idéal. Quitter l’idéal permet d’avancer et d’atterrir dans le réel. Le rôle du médecin est de soulager la souffrance. IL peut hospitaliser, donner l’information juridique, dire que l’abandon du domicile conjugal est une faute minime par rapport au devoir de vivre.

Q… : Est-ce que tout le monde peut se trouver dans cette relation avec un pervers narcissique ? R… : Il y a une compulsion de répétition de la victime. Le pervers établit sa supériorité sur les zones de faiblesses de sa victime qui doit cicatriser ces zones pour ne pas retomber dans le piège.

Annette G. évoque l’impact sur les enfants : Elle dit qu’elle souffre plus du comportement de ses enfants que de celui du père dont ils suivent l’exemple.

Q… : Quand et comment la victime prend-t-elle conscience de sa situation et commence à dire « non » ?

Sylvie témoigne : un jour un déclic s’est produit lorsqu’elle a répondu à une agression par un geste violent qui heureusement n’a pas abouti mais elle a réalisé, alors, qu’elle reproduisait le comportement de son agresseur. Elle a également pensé à son fils. Aussitôt elle a demandé le divorce.

Annette nous dit que c’est après avoir subi une humiliation grave pendant qu’elle cherchait du travail. Elle a alors décidé de divorcer mais après avoir trouvé du travail pour pouvoir le faire.

R… : A la suite de deux ou trois facteurs le regard bascule. Les choses changent radicalement quand la victime réalise que jamais la situation ne pourra s’améliorer et qu’elle ne pourra jamais changer l’autre. La prise de conscience du danger pour l’enfant, du fait qu’il y a écho en soi de cette même violence sont autant de facteurs de bascule. La position d’un tiers peut aussi provoquer le désir de changer d’attitude. Le basculement de la passivité vers le début d’une maîtrise de son propre destin se produit par ce qu’à un moment donné on voit les choses différemment, même en dehors de la psychothérapie. (Il y a analogie avec le comportement des victimes d’agression sexuelle : apprendre que leur sœurs ont été aussi victimes libère leur parole face à l’intolérable.). On prend alors du recul et la loi prend soudain du sens.

Le pervers narcissique n’est pas seulement manipulateur. Il a besoin de cette relation, son but est l’assujettissement de l’autre ; d’une fragilité cristalline, il éprouve une souffrance intense au départ de sa victime et s’effondre.

Q… : Quel est le regard du psychiatre sur ce pervers, est-ce un trait de caractère ou une pathologie ?

R… : C’est un trouble de la personnalité. De névrose à psychose et troubles de la personnalité les psychiatres inscrivent leurs patients dans ces trois groupes. Les pervers ont mis du temps à émerger car il ne s’agit pas d’une pathologie. Le pervers ne souffre pas, il est indifférent à la souffrance qu’il inflige, il ne ressent aucune culpabilité et ne demande pas à être soigné. Il demeure responsable de ses actes. Sa personnalité rigide n’a qu’un seul mode de fonctionnement, il tombe en grande dépression quand sa victime rompt le lien qui le fait exister

Q… : Peut-il cesser d’être comme il est ?

R… : Quand il prend conscience, quand il voit qu’il a écrasé l’autre, il peut interroger son comportement.

Q… : Pourquoi n’utilise-t-on pas le terme de « pervers narcissique » devant les tribunaux ?

R… : Il faudrait justifier ce terme en dehors du témoignage de la victime ; c’est comme pour le mot hystérique qui a une signification populaire différente de son sens en science psychologique.

Le lien de cause à effet ne peut être établi que par le juge. Le témoignage du médecin ne peut être que descriptif.

Remarques de Christiane Delteil : Qu’est-ce qui fait que notre société continue de sécréter ces couples là ? Notre société, toujours patriarcale préconise une stature masculine virile en relation avec une femme consentante passive. Lorsqu’on a commencé à dénoncer les violences conjugales, on a reproché aux femmes d’être la cause de leur propres déboires car sorties de leur rôle de bonnes épouses, bonnes mères, femmes au foyer aidant l’homme…

Cette culture inégalitaire et hiérarchisée véhicule les stéréotypes qui favorisent ces phénomènes d’emprise : l’homme est dit viril quand il tyrannise ; la femme est éduquée vers la soumission.

La meilleure prévention consiste à travailler sur ces représentations hommes/femmes. Travaillons sur ce qui est considéré comme « naturel » ou « culturel ». Lorsque les femmes voudraient porter plaintes elles ne sont pas certaines au fond, d’être dans leur bon droit. On n’est pas encore sorti de là.

Michel Sinquin évoque à ce propos le comportement d’une femme qui continue à acheter du vin à son mari qui en demande alors que par ailleurs elle se plaint du fait qu’il s’enivre et la batte.

Michèle Cavaillé rappelle que des institutions sont là pour aider les victimes dans certains pays européens

Q… : Est-il possible à un enfant de faire face à des parents en pareille situation de couple ?

R… : Pour les enfants il vaut mieux que la victime reste neutre. Les impliquer dans le conflit les rend malades. Il faut les protéger. Comme les enfants idéalisent leurs parents les comportements risquent de se transmettre. Il faut de la maturation pour accepter que père et mère soient des humains avec des défauts et des pulsions à maîtriser. Lorsque le parent victime veut préserver son couple à tout prix, il freine la prise de conscience de l’agresseur et de l’enfant. Il y a une règle fondamentale : on condamne un comportement, pas une personne. Il vaut mieux dire « ton père manipule » plutôt que « ton père est un salaud ».

Témoignage bref d’un adulte qui a eu un parent pervers et qui s’en est sorti.

Q.. : que dire des auteurs de violences, immatures ?

R… : Les auteurs de crimes sexuels sont souvent très immatures. En Maison d’Arrêt, c’est à eux qu’on impose un traitement psychiatrique. Ils ne comprennent pas les mots et ne peuvent pas s’exprimer. En groupes de parole on a pu constater la pauvreté de leur vocabulaire. Ils parlent davantage lorsqu’on leur propose d’imaginer des situations de provocation. Ces agresseurs ont une représentation de la sexualité mais sans interdit dans la relation avec des enfants. Ils n’ont pas de limite de comportement ; ils trouvent normal de se promener nus dans l’appartement, de laisser ouverte la porte de la douche ou des toilettes quand ils les utilisent. Les carences éducatives font commettre des actes pervers à des gens qui ne le sont pas. Tous les milieux sont concernés, mais ceux qui sont condamnés n’appartiennent pas aux couches favorisées de la société.

Q… : Mon fils a peur de faire comme son père.

R… : Quand on dit cette peur, on n’a plus la possibilité de faire pareil.

 

 

Dimanche matin 19 juin 2011 de 9h30 à 12h

ON a commencé par rapporter le travail de préparation aux Assises dans les groupes

Puis on a réfléchi sur l’appropriation des interventions de la .journée de samedi.

 

Rapport duTravail des groupes

-----Toulouse

Qu’est-ce que l’emprise évoque pour nous ? Elle se trouve dans l’Eglise, le pouvoir patriarcal, la nécessité d’avoir un homme, de sortir, de passer de la vie d’enfant pour aller vers la vie  « mariée »…L’emprise est l’assujettissement à diverses sources : conjoint, travail, groupe social, religion…Elle est soumission, dépendance, poids, dépression, sous-estime de soi et c…

Face à notre vécu, nous sommes-nous…..

suite intégrale des notes de Cathy

En conclusion de ces Assises : Dans un monde qui change, il faut faire un travail d’identification des limites avec réflexion sur le comportement relationnel.

Comment éviter l’emprise ? : poser des limites et recadrer, mais aussi poser des limites de soi à soi.

 

Marlène

 

Conférence de Michel Sinquin, psychiatre, lors des Assises à Gransac, le 18 juin 2011, sur le thème de « L’emprise »

 

De même qu’il n’y a pas de personnalités de victimes, il n’y a pas de solution unique qui ferait qu’une femme se dise « Cette situation ne peut plus durer, je veux que les choses changent radicalement* »

*radicalement faisant précisément référence à un deuil, fait à un moment donné de l’espoir que les choses, un jour, se normalisent.

Mais quels sont les motivations, évènements, facteurs de changements qui font que les femmes inscrites dans une relation de victime, pourraient penser un jour autrement qu’au travers d’une position passive et d’acceptation ?

Voici quelques facteurs qui font que le regard sur la relation bascule, celle-ci ne semblant plus pouvoir s’améliorer parce que « l’autre » ne pourra changer :

  • La notion de danger : « ma vie est en danger » « je peux accepter beaucoup de choses jusqu’à ma mise en danger » mais, quand cette limite est atteinte, la violence prend une dimension existentielle. C’est à partir de ce moment que peut s’inscrire la croyance que quelque chose ne peut plus durer comme cela.



  • Les enfants : « ils peuvent être en danger et je ne le supporte pas »

La notion de sacrifice de la victime trouve sa limite avec le danger des enfants (« je peux supporter beaucoup de choses mais je ne peux accepter que mon enfant subisse la même agression ») car la notion de « je suis en danger ainsi que mon enfant devient modèle relationnel insupportable.

Le pervers narcissique, de fait, trouvera sa limite dans les enfants.

Profil du pervers narcissique :



Le pervers narcissique est très manipulateur, il sait renverser les rôles et se faire passer comme victime. Sachant demander pardon et se présenter comme un gentil garçon qui a commis des erreurs et qui va changer, il affirme aussi que les choses ne se reproduiront pas.

Il peut dire « excuse-moi ma chérie, c’était un moment d’égarement, j’avais bu, j’avais des soucis » et il continuera à penser que pour lui, profondément, tout continue de bien aller : victime comme agresseur sont pris dans ce monde relationnel.



Ce qui est vécu par la victime comme du chantage est vécu par le pervers comme une nécessité absolue, dans le maintien de cette relation car sinon, il se sentira en danger.



Son but : l’assujettissement de l’autre, le contrôle plutôt que sa destruction car là aussi c’est le maintien du modèle relationnel qui compte.



Mais c’est lorsque ce genre de relation est rompu, que leur monde s’écroule, qu’ils rentrent en grande souffrance.

Alors, on les retrouve en psychiatrie : ce seront les seuls moments où un dialogue et un travail sont possibles avec eux.

 

Questions dans la salle :

- La victime peut-elle passer au statut d’agresseur sans s’en rendre compte ?

Oui, c’est un modèle de reproduction possible, dans lequel la victime est aspirée.

Elle s’imagine devenir comme l’agresseur (identification projective) se transformer dans le monstre qu’elle perçoit, s’identifiant à lui. Tomber dans cela, c’est comme quelque chose « qui lui éclate à la figure ».

La prise de conscience, le facteur de changementseront en marche lorsqu’elle se rendra compte qu’elle peut devenir aussi violente et l’exercer de la même façon.

Le travail psychothérapique est important, afin de mettre des mots sur la relation, sur la violence qu’il y a dedans et donc d’en prendre progressivement la mesure : c’est un peu comme un peintre faisant le portrait d’une relation et qui, se reculant pour mieux voir, dirait « Tiens, j’ai dessiné un visage que je connais »

C’est aussi sortir du rôle de victime : « je suis un individu avec mes qualités, compétences, talents et si j’ai été victime à un moment donné, c’est sur, je suis loin de n’être que cela.

La position de victime doit devenir une position du passé et redevenir un sujet à part entière.



  • Qu’est-ce qui fait qu’une victime, pouvant mettre des mots sur une relation, ne peut tout de même passer à l’acte de partir ? où si elle met en place des changements, pourquoi voudra t-elle toujours garder le lien ?



Le travail psychothérapique est important, utile mais souvent insuffisant.

Une victime peut se reconstruire pendant des mois et des mois dans une thérapie et rester quand même dans ce lien là.

D’autres « outils de bascule » peuvent avoir leur importance, qui témoignent de la maîtrise de son propre destin :

Croire en son statut de citoyenne, d’être sociale pouvant travailler et être autre chose que la « femme de », s’apportant ainsi une sécurité financière.



Un autre acte de « bascule » serait la réactivité par rapport à la position d’un tiers. Pour soi-même, le « c’est pas grave » est entendable alors que pour une sœur, une amie, « pas question, c’est intolérable » : la loi retrouve alors son sens.



- Quelle est la capacité d’un enfant à se défendre d’un parent pervers ?



La question des enfants est importante car ils sont instrumentalisés par l’un ou par l’autre. Le problème sera de les extraire du conflit des parents.

La principale difficulté que nous rencontrons, lorsque les enfants grandissent, c’est la culpabilité ressentie par rapport aux actes du passé, au sentiment qu’ils n’ont pas agit ou dit comme il l’aurait fallut.

Il faudrait les protéger en les mettant à l’écart pour éviter qu’ils ne tombent malades ; de plus, le parent non pervers devrait adopter une neutralité vis à vis de l’autre, afin d’éviter tout dilemme du style :

« J’aime mon père alors que ma mère dit que c’est le dernier des salaud et j’aime ma mère que mon père qualifie de « moins que rien ».



- Comment se positionne la psychiatrie par rapport à la personnalité du pervers narcissique ?

Globalement, nous avons une énorme difficulté de classification car soit on classe les choses par les conséquences, soit par les causes.

On parlera de troubles addictifs, neurologiques lorsque la cause est bien précise, sinon on ne sait pas trop.

Les personnalités perverses narcissiques ont mis longtemps à émerger dans les classifications.

Le pervers narcissique n’est pas considéré comme un malade mais il a un mode de fonctionnement tel qu’il manipule les autres. Il fonctionne comme cela, il n’est pas en souffrance et ce n’est pas une maladie.

Il est responsable de ses actes.

- Face au travail à un chef pervers, que peut-on faire pour contrecarrer la victimisation ?

Et quelle attitude doit-on avoir ?

Il existe une association nationale contre les violences faites au travail : l’ACVFTest

consultable, de très bons conseils et composée de juristes remarquables, qui peuvent se porter civil.

Il y a aussi une somme d’attitudes positives à avoir : dire aussi que l’on n’accepte pas la manipulation avec des propos comme « ceci est un mensonge, ceci est faux, c’est intolérable » : il est important de l’affirmer haut et fort.

Il faut dialectiser le conflit, afin que les choses n’enflent pas trop, ne prennent pas trop de proportions, en s’affirmant très tôt contre l’interlocuteur malhonnête.

C’est aussi une manière de s’opposer à l’accentuation d’une dérive.

Là aussi, le degré de tolérance d’une femme sera en fonction de son schéma d’éducation.

- Peut-on cesser d’être pervers ?

C’est au travers d’une dépression que le pervers peut prendre conscience parfois de son fonctionnement et le modifier un peu. De fait, il ne pourra plus répéter les mêmes choses.

Un pervers peut tout à fait changer même s’il rencontre rarement un médecin (car il trouve des relations qui comblent son besoin de maitrise)

Questionnement de Michel Sinquin :


« Pourquoi notre société continue de secréter depuis plus siècles ce genre de modèle de fonctionnement ? Comment comprendre cette répétition là ? »

- Intervention et piste de travail de Christiane Delteil :

« Vous resituez la violence conjugale dans la culture d’aujourd’hui, faite de valeurs hiérarchiques grandement inégalitaires entre les hommes et les femmes, avec des représentations stéréotypés du masculin et du féminin qui font que cela favorise ce phénomène d’emprise où l’homme est considéré comme viril s’il commet un certain nombre d’actes que l’on dit « banal ».

La femme, son attitude de soumission, est le résultat de toute une éducation, une éducation familiale mais aussi de la société toute entière.

Il nous faut travailler là-dessus parce que seul un tout petit nombre de femmes portent plainte contre les agressions subies. Il y a toute la masse des autres et, si l’on veut faire de la prévention, il faut travailler sur ces représentations ainsi que sur cette société qui reste encore profondément patriarcale (même si ce thème est aujourd’hui banalisé)

Si le champ de la violence conjugale est sorti du silence, c’est quand même grâce aux mouvements féministes Canadien, ayant beaucoup travaillé dessus en écoutant la parole des femmes »



« Une autre réflexion à faire serait sur ce qui est considéré comme naturel ou culturel.

Au début, on disait des femmes violées : « elles l’ont bien cherchées, elles portaient des mini-jupes ».

Quant aux violences conjugales, la justification venait du fait qu’elles sortaient de leur rôle de mères, qu’elles étaient trop libres.

Beaucoup de femmes n’osent porter plainte : d’abord parce qu’il y a le problème des preuves mais plus profond que cela, elles craignent de ne pas être crues, entendues.

Elles ne se sentent pas à leur place dans la sphère privée familiale »





Isabelle du Groupe d’Albi



 

 

 

 

L'emprise, D'abord trois témoignages. Christiane Berthelot pour le groupe de Marseille : 

 

Comment raconter l'inracontable, le non-dit, le soupçon, l'impression d'être dans un entonnoir ?

 

Premier texte lu: Elle ne peut lâcher son fils, il la culpabilise sans cesse. Comment l'aider ?


Deuxième texte lu: L'emprise au travail.


Annette Gunther pour le groupe de Metz. Texte lu.

 

Commentaire : Il se fait passer pour une victime, il est élu syndical, on croit ce qu'il dit. Pourtant il m'injuriait et me culpabilisait sans cesse. Comme son fils ne parlait pas à cinq ans, un psy l'a vu et m'a fait faire un an de psychothérapie, cela m'a aidée et j'ai eu la force de divorcer. J'ai accepté le divorce par consentement mutuel ; j'ai été aidée par mon père et par le Mouvement Jeunes Femmes. Mes fils reproduisent à mon égard le comportement de leur père. Ce père voulait être le seul objet de leur amour filial, être le seul qui les calinait le soir, et lorsqu'il rentrait tard le soir, il les réveillait. Comment sensibiliser la Justice à ce comportement ?


Maître Combarel conseille :

 

1- de porter plainte au commissariat de police afin de dénoter.

 

2- Prouver : sans preuves, le juge doit respecter  la présomption d'innocence. Lorsqu'on va au commissariat, c'est un moment douloureux car l'interlocuteur a des doutes. On parle de ce qui se passe à la maison, et notre tradition de société patriarcale veut que la femme victime se taise. Il y a une évolution, une reconnaissance de l'intolérable mais la souffrance supposée de cette première démarche fait que peu de femmes portent plainte.(10 °/o).

 

La loi du 9 juillet 2010 crée de nouveaux outils pour faciliter cette démarche. Soit la plainte peut être adressée au procureur, c'est lui qui décide de poursuivre ou  non. Si le dossier est classé  la victime perd toute crédibilité. Certains procureurs machos classent tous les dossiers concernant les affaires de sexe. Soit la plainte est assortie de constitution de partie civile devant le juge d''instruction. Cette démarche donnera lieu à une présentation au tribunal ou à un non-lieu.


La violence sur conjoint est un délit ou un crime.


La difficulté est d'obtenir des témoignages à cause du caractère intime du délit ou crime. La victime est parfois devenue hagarde et passe pour folle : elle n'est pas battue mais détruite psychologiquement, isolée, elle a du mal  à recueillir des preuves.


La nouvelle loi, qui est peu appliquée, comprend maintenant en plus des violences physiques les violences psychologiques qui en sont les prémices. Les témoignages entendus dans les procès en Cour d' Assises  de femmes tuées, le confirment. Il y a une volonté de détruire.


Le harcèlement, c'est la répétition, la pression continuelle. Ses conséquences  sur la santé sont constatées par le médecin mais il est difficile de démontrer l'origine de la dépression. De plus, les médecins se protègent.


La nouveauté de la loi du 9 juillet 2010 est que la victime est présumée victime.Le juge des affaires familiales ou le procureur saisi  peut faire une ordonnance de protection lorsqu'il y a une présomption de violences familiales  grâce à des témoignages de changements inquiétants. La ou les victimes sont mis à l'abri ( souvent théorie ) avec droit de porter une arme, tandis que l'auteur des violences en a l'interdiction. L'ordonnance prononce aussi des résidences séparées pour les époux. Mais, oû  partir ?  et qui doit payer le loyer du logement de celui ou celle qui est délogé ? quant à l'autorité parentale et le lien entre enfant(s) et père, cela est, en principe, décidé pour préserver l'intérêt de l'enfant.

Mais l'agresseur ne pourra-t-il pas rencontrer sa victime ? il reste libre et il lui est seulement dit de ne pas le faire.

( la suite au prochain numéro )                                                                           

 

Geneviève

 

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